samedi 16 juillet 2011

Qu’est-ce que tu aimes?

Après avoir observé la naissance (et bien souvent la disparition) de moteurs de recherche divers et variés, avec leurs logiques propres et leurs niches en termes de contenu (un disparu parmi d’autres mérite d’être rappelé, le français Kartoo), la plupart d’entre nous s’étaient résignés à utiliser des moteurs conventionnels. En particulier, le géant Google, possesseur du plus gros parc de serveurs au monde, s’est rapidement imposé comme un incontournable du web , aussi bien pour ses acquisitions et/ou contrats avec ceux qui étaient ses principaux concurrents (AOL, Yahoo, Youtube…pour les détails, voir ici). A la suite de cette escalade et de sa position de facto de monopole, nous nous étions donc plus ou moins résignés à utiliser Google et, selon nos besoins spécifiques, à jongler entre les différentes fonctions proposées par sa barre d’outils.
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Cependant, il semblerait que ce temps sera bientôt révolu. En effet, depuis quelques jours, est en ligne le nouveau-né de chez Google, What do you love? (Qu’est-ce que tu aimes?). Comme on l’a vu, Google+ nous permet déjà de regrouper nos activités sociales dans un seul et même outil (ou presque)…et maintenant, l’heure est au regroupement des recherches. Plus besoin de jongler entre Google web, images, patents etc.: tout cela apparaîtra sur la même fenêtre, nous laissant le soin de cliquer sur ce que nous aimons.
Faisons un petit test.
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J’ai ouvert le navigateur et j’ai tapé “diamond”. On est dirigé sur cette page:
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Comme on peut voir, l’accès à tous les services Google est du coup plus facile: cartes, livres, images, vidéos, brevets: tout est beaucoup plus accessible et cela réduit le temps d’accès à l’information. Si pour l’instant on ne peut pas déplacer tous les cadres (comme c’est le cas pas exemple sur iGoogle), on a quand même la possibilité d’en agrandir quelques uns, notamment celui des images:
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De plus, les outils sociaux ne sont pas oubliés: on peut envoyer des e-mails, créer un forum ou un blog sur le sujet ou même passer un coup de fil (si on est aux USA)…et tout cela à partir du même écran. Enfin, la barre latérale (ici à droite) nous permet de voir où nous sommes dans la page, ce qui peut être bien pratique

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Une autre fonction assez sympa est la visualisation 3D, qui présente des illustrations pouvant être tournées à 360°.
En somme, WDYL est un outil intéressant, qui donne un coté ludique à la recherche d’informations tout en la simplifiant. Seul aspect négatif, la concentration de pouvoir dans le mains du colosse Google. En effet, si les recherches performées d’une telle manière et les communications à leur sujet étaient systématiquement traçables et tracées, l’entreprise de Larry Page et Sergey Brin disposerait d’une énormité de données précieuses et sensibles, avec les conséquences que cela pourrait engendrer. Pour l’instant, toutefois, on n’en est pas là…donc, en suivant le slogan de Google même, ne soyons pas malveillants!  
Je vais souligner, avant de nous quitter, que WDYL est sans doute performant, cependant il ne sait pas toujours deviner ce que vous aimez. Eh oui, il me suggère des très beaux diamants, sans doute en “pensant” que “les diamants sont les meilleurs amis des filles”…. mais, par dessus les diamants j’aime la musique de Diamond, Neil, chanteur et compositeur new-yorkais! C’est avec une de ses plus belles chansons qu’on va se quitter, comme toujours, en musique. Bon week-end et bonne route!

mercredi 13 juillet 2011

On a de la chance

Il y a quelques jours je faisais des recherches sur internet et je suis tombée presque par hasard sur “Propre en Ordre”, un livre écrit par Geneviève Heller et publié à Lausanne en 1979. Commençant par se demander comment la légendaire propreté suisse a été socialement construite, cet ouvrage présente une histoire sociale de la vie domestique dans le canton de Vaud couvrant la période entre 1850 et 1930. Il s’agit d’un livre extrêmement bien documenté, qui présente avec un langage assez simple tous les bouleversements intervenus dans la vie de tous les jours au tournant du siècle dernier.
On voit ainsi apparaître progressivement les machines à vapeur, les laveries collectives, les réseaux de gaz, d’eau et d’électricité qui envahissent les rues et les foyers. Comme Foucault nous l’a appris, ceci ne se fait bien évidemment pas sans l’intervention des disciplines scientifiques, d’abord et avant tout l’hygiène. Ainsi, l’auteur nous présente les propos et les oeuvres de plusieurs hygiénistes suisses et en particulier lausannois et la manière dont ils ont fait évoluer les moeurs (par exemple pour ce qui concerne les bains dans le lac). Les médecins et les “services sociaux” de l’époque apparaissent comme les grands inventeurs et propagateurs de la propreté en Suisse: on nous décrit non seulement les avancées théoriques, mais aussi la surveillance pratique exercée au quotidien sur la population (par exemple à l’école) et la lente évolution des habitudes. C’étaient bien les débuts de la biopolitique! En même temps, des intérêts politico-économiques ont poussé pour le passage de la saleté à la propreté. A une époque où des maladies telle la tuberculose étaient très diffuses et la Suisse se définissait en tant que lieu touristique thérapeutique et sain (exemple), la propreté apparût comme un élément fondamental pour garder cette connotation. En effet, l’hygiène impeccable des établissement et des villes attrayait les touristes, mais il empêchait aussi aux germes de se propager (c’étaient les années des découvertes de Pasteur). En plus, l’amélioration des conditions de vie des ménages populaires était soutenue par les milieux aisés, puisqu’elle calmait les esprits et éloignait la menace communiste.
Ces phénomènes ont certes été décrits dans plusieurs ouvrages, mais il y a plusieurs raison de lire celui-ci. Premièrement il intègre beaucoup de références, de citations, d’images et il permet non seulement de se faire une idée claire des événements, mais aussi de les visualiser grâce aux photos et aux gravures reproduites. En outre, il se focalise presque complètement sur Lausanne et ses environs, donc il fait voyager ses lecteurs dans une autre époque, où la ville elle-même était différente. Enfin, il ne faut pas se déplacer pour l’avoir (!): la version intégrale est disponible en ligne et peut être téléchargée gratuitement en format .pdf (voir l’image).
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Si vous voulez vous distancier de tous les conforts dont notre époque nous fait profiter, prendre du recul, et réaliser que certains instruments et quelques habitudes sont plutôt récents (que sont cent ans à l’échelle de l’humanité?), cet ouvrage est fait pour vous!
Voici quelques passages qui m’ont beaucoup plu:
Deux lanternes à gaz étaient allumées, Place de la Riponne, le 31 décembre 1846! Presque partout l’on choisissait les fêtes de fin d’'année, la nuit de la Saint-Sylvestre particulièrement, pour introduire les premiers éclairages publics, à gaz puis électriques. Lausanne n’était alors éclairée que par une dizaine de falots à huile accrochés à un câble tendu entre les maisons. Frédéric Loba, un chimiste, venait de recevoir de la commune de Lausanne le monopole de l’éclairage au gaz public et privé. Constituée en société privée, son entreprise installa en 1848 sa première usine à gaz au port de Lausanne, à Ouchy. “Le samedi 22 janvier 1848, on vit le Bazar vaudois éclairé par une vingtaine de becs d’espèces différentes, qui attirèrent la visite d’une foule de curieux. La place de la Palud fut éclairée au gaz quelques jours après, et les rues ne tardèrent pas à être dotées de nouveaux réverbères (…) Puis divers établissements publics et des magasins (…) C’était l’âge d'or de la compagnie; chacun admirait cette flamme sans mèche qui s’étalait aux yeux sous la forme d’un papillon”  [page 47]
La plus éclatante, la plus blanche enfin, presque comme le soleil! Non pas jaune comme les lampes habituelles. “Non seulement elle n’altère pas les couleurs des tissus ou autres objets, mais nous les montre comme la lumière du jour, sous leur véritable aspect.” Cette qualité fut d’ailleurs la seule qui lui fut nuisible pendant un certain temps: on craignait de s’abîmer les yeux, de les brûler à la longue en vivant sous un éclairage si éclatant. Le préjugé était plus fort que la réalité, l’ampoule habituelle était alors de 20 watts! Enfin, l’électricité, auréolée d’une puissance quasiment miraculeuse, devait susciter des commentaires lyriques: “Combien de fois n’avons-nous pas admiré, des hauteurs, la plaine qui s’étend au loin, toute parsemée de constellations. Ce sont les villes et les villages éclairés à l’électricité. Ne dirait-on pas vraiment que cette fée, en parcourant monts et vallées, dans une chevauchée désordonnée, a pris plaisir à laisser tomber de son chariot lumineux quelques fleurs aux brillantes couleurs.” [pages 50-51]
Suite à la lecture de cet ouvrage, j’ai décidé de poursuivre mes promenades dans la Suisse d’un temps avec un petit livre (d’ailleurs cité par Heller à la page 208), “Pipes de terre et pipes de porcelaine”, qui recueille les souvenirs de Madeleine Lamouille, femme de chambre en Suisse romande entre 1920 et 1937, tels que recueillis par Luc Weibel. Cet ouvrage d’histoire orale en réalité commence bien avant 1920, avec l’enfance de madame Lamouille au début de 1900, dans un petit village du canton de Fribourg. Ils nous raconte l’histoire d’une famille pauvre, d’un pays très inégalitaire et profondément différent de celui qu’on connait aujourd’hui. Après avoir été ouvrière en France, la protagoniste revient en Suisse et elle commence à travailler comme gouvernante chez des familles aisées de la Suisse romande, chose qu’elle fera jusqu’à son mariage. Les scènes répertoriées dans ces récits sont touchantes et dramatiques; beaucoup d’entre elles seraient impensables dans la société suisse contemporaine. Le monde qu’on nous décrit est dur, classiste, épouvantable. Il s’agit, en somme, d’un magnifique témoignage qui laisse révoltés, mais aussi satisfaits du progrès que des personnes comme madame Lamouille ont construit et ont offert aux générations actuelles.
Plus ou moins entre 1915 et 1919, on retrouve les deux premières scènes que je vais citer plus bas. Je les ai lues dans un moment banal, assise à un arrêt de bus bien propre, en attendant un bus ponctuel, avec des habits neufs, un bon petit déjeuner dans le ventre et, aux oreilles, un iPod qui chantait la chanson que vous trouvez ci-bas. Ce que je vous propose, c’est de faire partir la vidéo et de lire les quelques lignes qui suivent…peut-être en vous disant qu’en vivant de nos jours, dans nos pays, on a quand même vraiment de la chance. Bonne route!


Avec cette écorce (ou parfois avec de l’osier) mon père fabriquait ses paniers. Quand ils étaient faits, nous, les pauvres enfants, on allait les vendre: on partait à l’aventure, on allait jusqu’à Arissoules, à quatre kilomètres de Cheyres – en général le mercredi, qui était jour de congé pour les écoles –. On partait avec chacun deux paniers au bras, peut-être trois. On les vendait toujours, nos paniers: ils étaient très bien faits. On les vendait deux francs pièce. Pour cette journée, nos parents ne nous donnaient pas de provisions. Il n’y avait peut-être pas de pain à la maison ou, s’il y en avait, il fallait le garder pour le repas du soir: on en avait si peu. Mon père nous disait: “Vous avez des belles voix; vous chanterez, et on vous donnera à manger.” C’est ce qu’on faisait: on chantait dans les cours des fermes.[13-14] 
Mon père, dans son petit plantage, faisait quelques plantons de tomates, de pensées, de pâquerettes. Ca aussi on allait le vendre: on avait une vieille poussette, on y mettait nos cageots, qui contenaient les plants avec un peu de terre. Et on partait, tous les quatre, pour aller vendre cette marchandise à plusieurs kilomètres à la ronde. Nous avions respectivement douze, onze, neuf et six ans.  [14-15] 
Chez les B, on nous faisait travailler comme des esclaves. Mais je leur ai toujours été reconnaissante de m’avoir soignée, de ne pas m’avoir renvoyée. Si j’étais revenue à la maison, je serais peut-être morte. Qui est-ce qui 'm’aurait soignée? Pauvres comme on était, ma mère malade, mon frère qui faisait déjà le valet de ferme tout en allant à l’école: personne ne se serait occupé de moi. En tout cas pas Monsieur le curé.[41] 
J’étais arrivée en fin de matinée. Mon premier choc, c’est que personne ne m’a touché la main. Personne ne m’a dit: “Bonjour Mademoiselle, vous avez fait bon voyage?” Rien. Ni Monsieur ni Madame: rien du tout. On m’a tout de suite mise à mon travail. (…) Alors j’ai pris le plateau, je suis allée au salon et j’ai dit “Bonsoir messieurs-dames”, comme je faisais chez les B. Ils se sont tous regardés, stupéfaits. Il y a eu un moment de silence. Enfin ils ont dit: “Bonsoir, Madeleine”. (…) Marie m’a répondu: “C’est qu’ici on ne salue pas les bonnes: on ne se dit jamais ni bonjour ni bonsoir, pas même le jour de Noël ou le jour de Nouvel An: rien, jamais.” (…) En somme nous étions uniquement des machines à travailler, et nous étions traitées comme telles.[81-84] 
Madame W. tenait son rang, mais elle n’était pas hautaine. Monsieur W, lui, était méprisant. Il détestait la classe ouvrière. Quand on ne portait pas veston et cravate, on n’existait pas pour lui. Au moment où on a construit sur les Tranchées un immeuble locatif en face de l’appartement de la famille, il disait: “C’est affreux, on verra aux fenêtres des hommes en manches de chemise!” En ce temps-là, les Messieurs n’ôtaient jamais leur veston. [89] 
Monsieur était assez gentil, mais Madame était très hautaine, et ne lui adressait pas la parole. Elle avait une chambre minuscule, sans autre aération qu’une fenêtre donnant sur l’escalier. Au moment de l’engager Monsieur lui avait dit: “Comment vous appelez-vous?” “Marie” “Ici, on vous appellera Bobonne. C’est la coutume dans notre famille” [92-93] 
Pendant les repas, elle restait à la cuisine. A un moment donné, Madame la sonnait, elle allait avec son assiette à la salle à manger, et Madame lui mettait dans son assiette ce qui restait. [93]

mercredi 6 juillet 2011

La nutrigénomique dans notre assiette #2 – L’apéro

Après le post sur “La nutrigénomique dans notre assiette”, j’étais invitée hier à l’apéro pour fêter la parution de l’ouvrage. C’était la première fois que je visitais le bâtiment “Génopode” sur le campus de l’Unil, qui est très particulier, puisque on voit dès qu’on rentre des labos, des blouses et des machines diverses.

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Ca a été l’occasion pour rencontrer les auteurs du livre, le professeur Walter Wahli et sa collaboratrice Nathalie Constantin, et les personnes qui travaillent avec eux. C’est une belle équipe de scientifiques sympathiques et motivés, qui ont essayé de m’expliquer leurs champs de recherche avec une grande clarté et aussi pas mal de patience (vu mon ignorance en matière des “sciences dures” :-) ).

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L’ouvrage de Wahli et Constantin est née suite à deux articles (1, 2) publiés sur le Swiss Medical Forum en 2009, qui ont donné aux auteurs l’idée d’écrire un livre de vulgarisation sur la nutrigénomique. En plus du livre, pour les étudiants en Biologie et Médecine il existe à l’Unil depuis le semestre de printemps 2011 un cours dédié à cette discipline.
Ce qui est sûr est que, dans un monde toujours plus inquiet par rapport à l’alimentation (on est arrivé cette semaine à ouvrir un social network entièrement dédié à la nourriture!) et de plus en plus fasciné par la génétique, on va sans doute entendre beaucoup parler de la nutrigénomique dans le futur!
Pour rester en thème alimentaire et pour nous quitter en musique, comme toujours, voici “Strawberries”, des new-yorkais Asobi Seksu. Bonne route!

dimanche 3 juillet 2011

Google+ : du réseautage massif à la communication flexible

Quelques semaines en arrière Daniel Sieberg sur le Washington Post faisait la promotion de son dernier livre et nous mettait en garde sur les dangers de la dépendance aux nouvelles technologies. En effet, même sans arriver au degré des no-life, selon une étude de la Stanford University rien que le multitasking serait dangereux pour le cerveaux et, à la longue, il nous empêcherait de faire le tri parmi les informations pertinentes et donc il mènerait vers la prise de décisions irrationnelles. Sieberg, repris par des nombreux médias (ex. 1, 2) allait jusqu’à proposer le test suivant pour déterminer son “Index de masse technologique” (“IMT”?!):

Comptez et sommez les points suivants:
Pour chaque natel que vous possédez: 3 points
Pour chaque ordinateur portable: 1 points
Pour chaque tablette: 2 points
Pour chaque liseuse: 1 point
Pour chaque service SMS: 5 points
Pour chaque identité online ayant un login différent: 5 points
Pour chaque ordinateur fixe: 1 point
Pour chaque compte e-mail: 2 points
Pour chaque appareil digital: 1 point
Pour chaque gadget ne rentrant pas dans ces catégories et ayant un chargeur: 1 point
Pour chaque blog que vous tenez ou suivez: 2 points
Résultats:
<24 points: niveau bas (une réduction de l’activité online peut à la limite calmer votre stress)
25-35 points: niveau moyen (un “régime numérique” peut vous aider à mieux vous organiser et à améliorer votre qualité de vie)
>36 points: niveau élevé (une baisse de votre “consommation digitale” peut réellement améliorer votre vie)

J’ai fait le test et mon (désastreux) score est de 63 minimum (j’ai sans doute oublié quelque chose). Un dilemme majeur se pose: comment conjuguer la nécessité de s’informer et de “rester connecté”, qui a notre époque est presque une obligation, avec la charge de travail que les différents comptes-réseaux-sites-machines représentent? Et comment traquer rapidement le contenu qui nous intéresse sans pour autant passer des siècles à feuilleter des milliers de sites différents? Des soucis de taille, tout particulièrement si on considère le volume du matériel (infos, contacts, images, nouveautés) injecté chaque jour sur la toile (on estime par exemple que Youtube reçoive 48 heures de nouveau contenu chaque minute!).  Que faire donc?
La semaine dernière Google a lancé un nouveau projet qui propose de nous simplifier la vie: Google+! Il s’agit d’un outil flambant neuf, à mi chemin entre le réseau social, l’application online, le liseur de flux, le gestionnaire de contenu, le gadget: bref, le super-site qu’on attendait!

Mais……qu’est-ce qu’on peut faire sur Google+?


En individuel:
  • On peut créer un profil public, qui contiendra les informations sur notre formation, nos passions, nos coordonnées et qui sera indexé en tête sur le moteur de recherche Google. Il n’est pas obligatoire d’insérer ces informations ni de les rendre publiques. Cela pourrait se rendre utile, par exemple, si on cherche un emploi, mais aussi avoir des désavantages si on y insère des données sensibles.
  • On peut gérer de manière groupée nos contenus qui avant étaient dispatchés aux quatre coins du net. En effet, Google+ intègre des outils si disparates que Flickr, Youtube, Blogspot(Blogger.com), LinkdeIn, Quora, Picasa et permet donc d’avoir une sorte de “tableau de bord” unique pour tous ces instruments.

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  • Cette fonction pour l’instant est en train d’être mise en place et ne marche pas pour tous les sites que j’ai cité; cependant, pour certains d’entre eux elle est déjà pleinement fonctionnelle. Ainsi, par exemple, en intégrant Picasa on peut rapatrier toutes les photos. En outre, dès qu’on insère une photo sur Google+ celle-ci est automatiquement intégrée à un de nos albums Picasa et on peut aussi la modifier en ligne!

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    • On peut suivre des contenus qui nous intéressent grâce à la fonction “Déclics”. En effet, en insérant un certain argument dans la fonction, le moteur de recherche se charge de nous envoyer des contenus à ce propos de manière continue. Voici par exemple ce qui apparait si on tape “Doris Leutard”:

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      • Grâce à la nouvelle barre Google on a aisément accès à Google Documents, Google Calendar, Google Reader et à tous les autres services de Google.

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        Avec les autres:


      • On peut rajouter nos contacts, avec nom quand ils sont déjà sur le réseau, ou bien par leur adresse e-mail ou en les important de Yahoo Mail ou de Hotmail-MSN





      • On peut inviter nos contacts sur le réseau à travers leur e-mail





      • On peut organiser nos contacts en des cercles, en fonction de notre relation avec eux: famille, amis, connaissances.





      • En fonction de cette organisation on peut partager des informations (écrits,  photos, vidéos, liens internet) avec nos contacts de manière beaucoup plus spécifique par rapport aux autres réseaux sociaux. En effet, chaque fois qu’on partage un contenu on peut choisir quels en seront les destinataires… et on peut aussi envoyer le contenu à des contacts externes au réseau. Ainsi, le “partage” d’informations est ciblé et la gestion des contacts est efficace!





        • On peut suivre les publications de quelqu’un qu’on ne connait pas en l’insérant dans nos cercles en tant que “suivi”; de cette manière, nous verrons tout ce qu’il envoie à ses “suiveurs”
        • Il en sera de même pour ceux qui nous “suivent”: à chaque fois on peut partager avec eux des contenus spécifiques…sans qu’on ait à partager des informations plus personnelles.
        • On peut créer des contenus de très bonne qualité grâce à des fonctions spécifiques (par exemple caractéristiques de la police, insertion de liens, images, vidéos, géolocalisation dans un seul et même post; géolocalisation des images)

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          • On peut communiquer en temps réel avec nos contacts avec les fonctions de chat et de vidéoconférence (pour cette dernière il faut tout de même installer un petit plugin). La vidéoconférence permet de combiner le dialogue oral et le chat écrit et elle permet de dialoguer avec un maximum de 10 contacts à la fois: pas mal!
          • On peut utiliser le réseau en tout lieu pourvu qu’il y ait un réseau de téléphonie mobile grâce au navigateur du natel ou, encore mieux, à travers l’application pour Android, qui est graphiquement simple, facile à utiliser et assez pratique pour des courtes communications ou pour partager des photos. [p.s.: aux dernières nouvelles (4.7.11, 21h51) l'application pour iPhone a été soumise à l'App Store et attend juste d'être validée]
          Bref, malgré quelques petits soucis probablement dus à l’activation récente (par exemple les posts n’apparaissent pas toujours en ordre chronologique, il faut attendre 1 ou 2 minutes pour que les changements dans les profils ou les ajouts soient actifs), Google+ apparait comme un petit bijou qui va (on l’espère) nous permettre d’optimiser une bonne partie de nos activités sur le net et de passer d’un réseautage social massif (comme Facebook) à une communication flexible et de qualité.
          Pour l’instant, Google+ est en phase de test et on peut y accéder seulement avec une invitation: si vous en voulez une,  n’hésitez pas à m’envoyer un mail ou à laisser un commentaire avec votre adresse e-mail! En attendant que ça se développe comme il faut, essayons quand même de réduire notre “IMT”…eh, ils sont bien loin les temps du jeu vidéo qu’on voit dans le clip de Air ci-dessous! Bonne écoute et, comme toujours, bonne route!

          samedi 25 juin 2011

          La désobéissance féministe (ou “Quel est le lien entre Lady Gaga et l’enseignement obligatoire?”)

          Il y a presque deux semaines, le 14 juin, c’était la journée de célébration de la vingtième grève des femmes en Suisse. Plusieurs arguments étaient sur la table, comme l’égalité salariale ou l’augmentation des postes à temps partiel et le partage de tâches domestiques. Clairement, si une grève est (peut-être) un bon moyen pour revendiquer des salaires égaux, elle a très peu d’influence sur ce que les gens font dans l’intimité de leur foyer…et employer plus de femmes dans des postes à temps partiel revient à les renfermer encore plus dans des rôles genrées subalternes.
          Or, pour que les modes de vie changent en manière profonde et durable, il ne sert à rien d’imposer des idéaux (ou des idéologies): il faut juste sensibiliser les individus à la construction sociale du genre et ceci dès leur plus tendre âge, tout en leur laissant la liberté d’adopter, ensuite, le comportement qu’ils préfèrent. D’un habitus imposé et “naturalisé” on passerait donc, enfin, à un comportement choisi.
          C’est ce point de vue que partage Stéphanie Pahud, maître assistante à l’Université de Lausanne et auteure du “Petit traité de désobéissance féministe”. [Pahud, S. (2011) Petit traité de désobéissance féministe. Neuchâtel: Arttesia]
          L’auteur, en effet, affirme: “[cet ouvrage]…s’adresse à toutes celles et à tous ceux qui ne viennent ni de Mars, ni de Venus, mais d’”ici”, et qui ont envie de voyager librement dans les méandres d’un terrain de jeu in(dé)fini. Sa seule ambition est de questionner les représentations qui nous entourent de manière à les rendre “évidentes” et à permettre à chacune et à chacun, selon son désir, de désobéir. Ou pas.” (p.17)  
          Il s’agit d’un petit livre bien écrit, idéal pour se familiariser avec le concepts de “genre” et de “construction sociale du genre” même lorsqu’on n’a jamais suivi des cours de sociologie.
          Après une introduction qui présente le but de l’ouvrage, la première partie est dédiée à expliquer ce qu’est le genre (construction sociale; comme écrivait Simone de Beauvoir, “On ne nait pas femme, on le devient”) par opposition au sexe (donnée biologique) et quelles sont les différentes courants féministes (essentialiste vs. universaliste; pour plus de détails voire ici).
          La deuxième partie contient une étude de cas assez classique, sur les rôles de genre tels que véhiculés par la publicité. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une approche révolutionnaire, l’étude d’affiches et autres dispositifs promotionnels est d’impact immédiat et reste un outil didactique efficace, surtout lorsque, comme c’est le cas ici, le livre s’adresse à un grand public.

          Si vous n’avez pas envie de faire le déplacement jusqu’à Payot ou à une bibliothèque pour vous procurer le bouquin, voici quelques sites internet qui présentent des études de cas semblables (1, 2, 3).
          Si jamais, ici en bas vous pouvez aussi visionner une conférence de Jean Kilbourne sur la construction des genres féminin et masculin dans les annonces publicitaires.

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          La troisième partie présente une deuxième étude de cas, plus novatrice et insérée dans le contexte local, qui est dédiée à la politique suisse et plus particulièrement aux élections au Conseil Fédéral et au traitement réservé par la presse aux politiciennes helvétiques (une partie de cette analyse se retrouve ici).
          Enfin, la quatrième partie contient une série d’interventions de nombreuses personnalités (environ 50) plus ou moins connues à l’échelle régionale, nationale et francophone et appartenant surtout au monde journalistique, politique et académique (comme Darius Rochebin, Martina Chyba, Oskar Freysinger ou Salika Wegner), avec les réponses à la question “Etes-vous féministe?”. Les arguments avancés sont variés et plus ou moins engagés. En effet, bien qu’une très large majorité se dise en faveur de l’égalité de droits, la plupart des intervenants adoptent un féminisme modéré et édulcoré. Si, du moins partiellement, ceci a sans doute à faire avec la culture politique du consensus, qui se traduit en une profonde méfiance envers les positions “extrêmes”, en lisant les arguments avancés on se rend compte du perdurer des convictions essentialistes chez la plus grande partie de l’échantillon. Ainsi, la “féminité” est encore perçue par beaucoup comme une composante intrinsèque de la “femme”…ce qui démontre que le chemin à faire pour que le genre soit universellement perçu comme construction sociale est encor long!
          On arrive donc à la question du titre, à savoir: quel est le lien entre Lady Gaga et l’enseignement obligatoire? Ce lien est la construction sociale du genre, telle qu’elle est faite dans nos sociétés “libérales”!
          Malheureusement en effet, malgré le fait que dans nos pays occidentaux et démocratiques la condition féminine ne soit pas si dramatique comme ailleurs (voire 1, 2, 3), on dénie souvent aux femmes le droit de contrôler leur corps ou de développer des caractères audacieux, battants, décidés et pragmatiques.
          Cette construction dominante du genre, conjuguée à l’attitude essentialiste d’une grande partie de la population, qui fait coïncider le genre et le sexe, explique par exemple les polémiques autour de la chanteuse étasunienne Lady Gaga.
          Ne pouvant pas concevoir l’existence d’une telle femme, sortant des stéréotypes liés au caractère et à l’apparence physique, des nombreux commentateurs se sont empressés de jaser sur l’”essence” même de Gaga, jusqu’à l’interview ici à coté où une journaliste lui a demandé si elle ne serait par hasard un homme (!).
          Afin que la distinction entre hommes et femmes perde son caractère stigmatisant, pour se réduire à une classification autant ininfluente que celle entre “noirauds” et “châtains”, (ou “aux yeux verts” vs. “aux yeux bleus”), beaucoup de travail reste donc à faire, non seulement avec les adultes (médias, livres, politique….) mais aussi et surtout avec les jeunes (il est grave et révoltant qu’on puisse sortir de l’école obligatoire sans aucune formation en ce sens!). C’est seulement de cette manière, je crois, qu’on pourra influer sur les convictions et les attitudes des individus, non seulement dans l’espace public (par exemple pour ce qui est des contrats de travails, ou des quotas dans les CDA), mais aussi dans l’espace privé (où les mentalités ont beaucoup plus d’influence que les réglementations).
          L’été a commencé et les vacances s’approchent: quelques enseignants envisageront peut-être d’insérer cette dimension dans leurs cours pour la rentrée?
          En attendant, il  vaut mieux réfléchir en écoutant de la bonne musique plutôt qu’en silence. Voici donc ce morceaux des Durutti Column dédié à l’été. Bonne route!


          Post scriptum
          Le Matin s'est occupé de l'ouvrage de Stéphanie Pahud juste quelques heures après que ce post a été publié; vous pouvez consulter l'article et l'interview à l'auteure ici (merci M. pour l'info! :-) ).







          dimanche 5 juin 2011

          La nutrigénomique dans notre assiette

          Revue de: Wahli, W. et Constantin, N. (2011) La nutrigénomique dans votre assiette: “Les gènes ont aussi leur part du gâteau…. Bruxelles: De Boeck, 212 pp.


          Depuis l’antiquité, on connait l’importance de la nourriture sur l’organisme humain et sa santé; au fil des siècles différentes théories à ce propos se sont succédées, jusqu’au fameux dicton “Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es” du savoyard Anthelme Brillat-Savarin (Physiologie du goût), qui remonte au XIXe siècle.

          Au cours du XXe siècle des nombreuse théories plus ou moins fondées sur les bienfaits ou méfaits de certains aliments, régimes ou pratiques se sont développées, proposant tout et n’importe quoi. Ainsi, pendant que les troubles alimentaires faisaient des ravages, le rapport à la nourriture de l’homme contemporain est devenu tellement problématique que certains en sont à s’alimenter par sonde nasale (?! voir 1 et 2) et même une nouvelle maladie s’est développée, l’orthorexie ou “obsession de rectitude alimentaire” (voir 3 et 4).

          Bien que je ne sois pas orthorexique, je reste quand même concernée par la qualité de ce que je mange et les effets que cela pourrait avoir sur mon bien-être. Quand j’ai appris la publication du dernier ouvrage du professeur Walter Wahli et de Nathalie Constantin, “La nutrigénomique dans votre assiette: “Les gènes ont aussi leur part du gâteau…”, donc, je ne pouvais pas rester indifférente et je l’ai acheté dès qu’il est arrivé chez Payot.

          Il s’agit d’un texte de vulgarisation pas trop long (200 pages environ) qui, en sept chapitres riches en images et en exemples, s’attache à expliquer (même aux moins doués en chimie et biologie) comment marchent les cellules, qu’est-ce que c’est qu’un brin d’ADN ou d’ARNm et, surtout, quelle est leur relation avec la nourriture et quel est le rôle de la nutrigénomique en tout ça.

          Après un 1er chapitre qui dresse une courte histoire de l’alimentation, dans le 2ème chapitre de l’ouvrage Wahli et Costantin nous expliquent que la nutrigénomique est une science récente (elle est apparue dans la littérature en 2002) et elle peut être définie comme la discipline qui “étudie les effets des nutriments sur le génome dans son entier et sur les changements métaboliques qui en découlent, y compris leur impact sur la santé” (p. 33).

          En effet, dans le 3ème chapitre nous apprenons que non seulement nos gènes et leurs variations (par exemples les SNPs) influencent la façon dont nous réagissons à certains types d’aliments, mais l’inverse est aussi vrai. Plus précisément, certaines substances contenues dans les aliments peuvent contrôler l’expression des gènes (même sans en modifier la structure). En plus, ils peuvent modifier la “forme” des histones (qui sont les structures sur lesquelles les brins d’ADN s’enroulent) et en dernière instance aussi la forme de l’ADN, influençant par exemple l’expression de certains gènes. Enfin, l’absorption ou pas de certains micronutriments a une influence sur la capacité des cellules de lutter contre des éléments induisant des modifications du génome (voir par exemple 5). Ce dernier phénomène est tellement important que les auteurs affirment: “On pense actuellement que les dommages causés au génome suite à des carences ou à des excès de micronutriments sont du même ordre d’importance que les dommages infligés par l’exposition à des radiations UV ou à des substances chimiques carcinogènes” (p. 75).

          Dans le chapitre 4, les auteurs nous présentent l’évolution et l’état actuel des technologies qui permettent à la nutrigénomique d’avancer, comme les méthodes de séquençage de l’ADN, les techniques de comparaison d’ADN, les outils de la protéomique et de la métabolomique. Si vous y connaissez déjà quelque chose et PCR ou électrophorèse ont une signification autre que “des mots au son barbare” pour vos oreilles, ce chapitre sera une lecture agréable, puisque il explique très clairement des concepts qui sont parfois difficiles dans les manuels… et si vous n’y connaissez rien, la bonne nouvelle est que, en accord avec l’article 2 de la Charte des droits du lecteur de Daniel Pennac, vous pouvez passer directement au chapitre 5! 

          Le chapitre 5 s’intéresse au rôle préventif, diagnostic et thérapeutique de la nutrigénétique et de la nutrigénomique aussi bien pour les particuliers que dans la santé publique. Un concept central, qui revient à plusieurs reprises dans le livre, est l’importance d’élaborer des recommandations nutritionnelles qui ne soient pas trop individualisées, mais communautaires et spécifiques pour certains sous-groupes de la population ayant des caractéristiques similaires. Il est aussi souligné que des bonnes interventions nutrigénomiques doivent se faire en alliance avec les avancées pharmacogénomiques et des actions sur l’environnement des individus et leurs habitudes de vie. Une bonne illustration des applications pratiques de la nutrigénomique est fournie par la dernière section du chapitre, qui traite des personnes âgées et de leurs besoins nutritionnels, qui doivent être considérés ensemble à leurs prises de médicaments et au contexte dans lequel elles vivent.

          Le 6ème chapitre présente les enjeux futurs de la nutrigénomique dans l’aide alimentaire et dans le développement de nouvelles espèces végétales. Un rôle essentiel de la nutrigénomique est d’être une discipline pouvant définir des nouveaux principes pour un élevage et une agriculture de qualité (puisque les animaux et les plantes seraient nourris en fonction de leur génome).Un autre aspect pris en considération est l’application de la nutrigénomique dans le secteur de la industrie agroalimentaire, par exemple comme innovation permettant l’accès à des vastes part de marché. En effet, bien avant la nutrigénomique, dans les années 1920 les avancées en sciences de la nutrition et en sciences et technologies alimentaires avaient permis l’introduction du sel iodé, suivi de nos jours par les pommes de terre au sélénium et beaucoup d’autres aliments “fortifiés” – pour une liste voir ici. 

          Enfin, le 7ème et dernier chapitre illustre les principaux enjeux bioéthiques et les problématiques sociales mis en avant par les avancées dans le champ de la nutrigénomique, comme par exemple la gestion des données génétiques étudiées (surtout en cas d’utilisation de la part de cabinets privés), la possibilité de conduire des tests à grande échelle, la réglementation du marché des tests génétiques, les droits des patients et le potentiel passage d’une responsabilité sanitaire sociale à une responsabilité sanitaire individuelle (cf. 6).

          Ce dernier chapitre est suivi par les conclusions, qui rappellent que l’alimentation n’est qu’un parmi les éléments constitutifs du bien-être et qui identifient en l’interdisciplinarité un atout majeur de cette discipline.
          En conclusion, il s’agit d’un ouvrage bien écrit et très clair, qui présente ses arguments de manière très pédagogique et pas du tout dogmatique. Tout un domaine du savoir est expliqué point par point, brique après brique et ceci a le mérite de rendre les connaissances actuelles sur l’alimentation accessibles à tout le monde, même à tous ceux qui ne sont pas des professionnelles. La mission de ce livre de vulgarisation est accomplie!
          Je vous conseille donc la lecture de cet ouvrage, qui non seulement vous permettra de connaître une discipline nouvelle et passionnante, mais rafraichira aussi vos connaissances sur l’ADN, l’ARN, les cellules…bref, tous ces petits constituant de nos corps qu’on a un peu tendance à oublier dès qu’on est sorti du lycée (en tout cas, si on n’étudie pas cela par la suite!).

          Sur cela, voici comme d’habitude un peu de bonne musique…”alimentaire”: il s’agit de “Savoy Truffle” des Beatles, chanson dédiée par George Harrison à l’addiction aux chocolats de Eric Clapton. Bonne route!

          jeudi 2 juin 2011

          Fête de la République

          Aujourd’hui, pendent qu’en Suisse on fête l’Ascension, en Italie c’est la fête de la République, qui célèbre le referendum avec lequel le italiens ont choisi la République à la place de la monarchie, le 2 juin 1946.
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          Victoire de la République en Italie. Italie: Keystone, 1946. Noir et blanc.
          Après 65 ans, l’Italie, bien que remplie de retraités, reste une république jeune, avec un système politique encore en phase de stabilisation et, à tous les niveaux, des dynamiques bien différentes de celles qui avaient été imaginées par les pères de la Constitution entre 1946 et 1948. En effet ce qui a trait à l’Etat fonctionne de manière souvent clanique, avec des services distribués en fonction de l’appartenance politique et selon une logique prébendière…et l’Etat lui-même est parasité par des politiciens qui, pour la plupart, ne sont pas élus démocratiquement mais sélectionnés par leurs partis d’appartenance (voir par exemple 1, 2).
          En gros, un citoyen honnête et avec peu de liens à l’intérieur du système des partis et/ou des organisations catholiques (par exemple CL ou l’Opus Dei, qui empiètent largement dans la vie politique) aura non seulement très peu de possibilités de choisir ses représentants, mais il sera aussi très dur pour lui avoir un job bien payé et en plus il devra “bénéficier” d’infrastructures délabrées et services publics mal fonctionnant.

          (Cette vidéo est juste un exemple de situation face à laquelle les communs citoyens peuvent se sentir démunis.)
          Si la partitocratie italienne existe depuis 65 ans (sinon plus), il est vrai que tout le système a empiré depuis l’arrivée en politique de Silvio Berlusconi (AKA “Mister B”, le “psycho-nain” ou le “pédo-nain”) et l’instauration du “berlusconisme” en Italie. Le sujet est trop long pour faire l’objet d’un post, mais vous pouvez vous renseigner largement sur le net, par exemple en regardant le documentaire “The Berlusconi Show”, transmis par la BBC le 24 mars 2010 et disponible sur Youtube (1,2,3,4,5,6).
          Malgré les scandales (financiers, judiciaires, sexuels) qui l’ont secoué, les italiens ont continué à voter pour lui et pour son parti pendant une décennie et demie: un phénomène inexplicable et effrayant, probablement partiellement motivé par les discours diffusés sur les télés et les journaux de propriété berlusconienne, mais surtout par le fait que tous les comportements illégaux, anti-communautaires et finalement anti-sociaux (l’exemple typique est l’évasion fiscale, donc le fait de ne pas payer les impôts) ont été légitimés par les membres de son parti et par sa propre histoire personnelle.
          L’Italie s’est donc retrouvée divisée en deux parties, au delà de la classique division droite-gauche: le groupe de ceux qui soutenaient Berlusconi et les valeurs de “la loi de la jungle”, où le plus malin triche et les autres paient les pots cassés et le groupe des autres, qui continuaient à accorder une certaine valeur aux concepts d’Etat et de citoyenneté.  Bien évidemment, en un contexte de crise des valeurs, des idéologies et des institutions traditionnelles (au début des années 1990 on a assisté à la dissolution des grands partis de l’après guerre, mais aussi à la crise des idéologies socialistes et communistes et à un effritement progressif du rôle de “guide morale” de l’église catholique), des nombreux italiens ont considéré qu’il valait mieux essayer de sauver sa peau même en laissant couler le bateau et ils se sont vite ralliés du coté des “malins”.
          Et voilà expliquée, de manière un peu simpliste, l’épopée de conquête berlusconienne de l’Italie. On pourrait rajouter à cela le rôle ambigu des partis de gauche et d’une partie de l’église catholique, les attaques personnelles aux adversaires politiques, la distribution féodale d’argent et charges publiques aux “amis”, la manipulation des médias et la construction d’une hégémonie basée sur une conception délirante du pouvoir judiciaire, du “communisme” et de la fonction de gouvernement en général. On pourrait rajouter tout cela, mais je ne le ferai pas. Je me contenterai de souligner qu’on a beau sauter d’un bateau qui coule: si on n’a pas de chaloupe cela revient à se noyer plus tôt. Et en effet, si l’Italie était un navire qui prenait de l’eau, avec l’arrivée de “Mister B” au pouvoir elle s’est transformée en un véritable Titanic…et les anciens électeurs de B se retrouvent face à des problèmes bien plus prégnants que se sentir “le plus malin”, comme trouver un travail, payer les factures, devoir sortir de leur poche l’argent pour les craies ou le papier toilette pour l’école (publique) de leurs enfants…
          Si des tels soucis avaient été balayés sous le tapis par la propagande des dernières années, ils deviennent à présent des obstacles de taille dans la vie quotidienne de la plupart des italiens. Et ainsi, quand quelqu’un a le courage de les amener sur la place publique, pour en débattre, de moins en moins de monde accepte de se voiler la face. De cette manière, quand des nouveaux visages se sont portés candidats pour les élections administratives quelques semaines en arrière et ils ont recadré le débat sur des sujets comme la légalité, l’honnêteté, les services publics, cela a eu l’effet d’une tornade.
          Une avalanche de voix ont plébiscité Pisapia à Milan, De Magistris à Naples, Zedda à Cagliari et beaucoup d’autres dans les villes plus petites: des visages nouveaux, externes aux partis et qui ne sont pas des politiciens professionnels. Ils sont arrivés au bon moment et avec les bons arguments et à ce moment précis le pays a commencé à comprendre que le roi est nu.
          Le parti de B, donc, s’effondre sur lui même, tel un château de cartes et ce ne serait pas étonnant que dans quelques mois quelques uns se demandent comme il a fait pour tenir si longtemps. Entretemps l’opposition (Partito Democratico, équivalent du français PS) reste liquéfiée, incapable de choisir entre une alliance avec les catholiques qui la rendrait boiteuse et incapable de s’exprimer sur nombre de sujets (FIV, euthanasie, lutte à la discrimination, PACS etc.) et une alliance avec la véritable gauche (représentée par Vendola du SEL-Gauche Et Liberté et Di Pietro de l’IDV-Italie Des Valeurs) qui serait mal-vue par les catholiques intégristes. Voici un autre paradoxe de la partitocratie à l’italienne: une classe politique tellement lointaine du pays réel qu’elle surestime largement la part de la religion dans les choix de l’électorat et ce-faisant perd des voix et en plus nuit à la création d’un véritable Etat laïque.
          En attendant que l’opposition se réveille et en espérant que les citoyens italiens n’arrêtent pas le mouvement de renouvellement qu’ils ont commencé, la prochaine étape est le referendum national contre le nucléaire le 12 et 13 juin prochains. Ce sera aussi l’occasion pour se prononcer sur la privatisation de l’eau et sur l’”empêchement légitime” (c’est à dire la loi faite pour que B ne soit pas jugé pour ses crimes). A ce moment là on pourra voir si effectivement le pays a commencé un changement ou si le “pédo-nain” et sa compagnie réussiront à nouveau à se tirer d’affaire.
          Pour l’instant, contentons nous de fêter le résultat des administratives, l’ascension et la fête de la République avec ces deux chansons. La première est un classique des Rolling Stones rendu à nouveau populaire par la pub de “Bleu de Chanel” et la deuxième est un morceau de Rino Gaetano, chanteur italien mort exactement trente ans en arrière. Bonne route!