"L'homme ne peut découvrir de nouveaux océans à moins qu'il ait le courage de perdre de vue le rivage" (André Gide)
samedi 15 décembre 2012
20 ans et toutes ses dents
lundi 15 octobre 2012
Si on n’a pas un ancien magnétoscope…
mardi 20 mars 2012
Egalité #2
“A nom d'un rejet de l'homophoblie, faudrait-il tout accepter?
A nom d'une ouverture d'esprit faut-il fermer les yeux ?”
“Biologiquement, historiquement et culturellement les enfants sont éduqués par leurs parents qui les ont procréés. Malheureusement certains son orphelins et adoptés par des parents qui auraient pu avoir ou on eut des enfants.
Les homosexuelles ne peuvent pas avoir d'enfants naturellement, donc il est légitime de ne pas accepter l'adoption par les homosexuelles.”
“Le comportement naturel de toute créature vivante, est la reproduction de l'espèce. Ce sentiment "animal" est normalement ancré dans chacun de nous, même si nous n'avons pas conscience, et il pousse un sexe vers l'autre. Il apparaît donc vraisemblablement, que ce sentiment a disparu chez les homosexuels. loin de moi l'idée de les juger ou de les condamner, car ils ne sont pas responsable de cette dégénération.”
“L'homoparentalité me paraît un grand mensonge envers un enfant. En effet, comment transmettre l'amour de l'autre, tout en lui expliquant que sa conception a été entièrement organisée dans la négation de l'autre genre?”
“Depuis le début de notre civilisation, des hommes des cavernes jusqu’à maintenant la cellule de base de notre civilisation a été la famille. Depuis quelques années cette notion disparaît devant les contraintes économiques, les contraintes soient disant sociale, et une certaine vision du futur de l’humanité. Si nous démolissons les bases (La famille est une de ses bases) sur laquelle nos sociétés sont basées que va t’il se passer pour notre civilisation ??
Si on sape les fondations de notre civilisation on détruit notre civilisation et notre sort serra pareille à celui de l’empire romain.”
“Je suis opposé a l'adoption des enfants avant l'age de 8 ans a 10 ans par des couples du même sexe uniquement pour la question que les enfants de moins de 8 ans ont besoins de sa MAMAN et son PAPA. La nature l'a dit pas moi!!!”
“Aujourd'hui, en accordant ce droit, je crois qu'on bafoue celui de l'enfant, qui lui a le droit de vivre dans un environnement plus proche de la norme naturelle admise communément dans notre société. Qu'on l'utilise même comme un cobaye, pour prouver une certaine conformité sur un mode de vie minoritaire, encore actuellement. Un homme peut naturellement aimer un autre homme, mais de là à éprouver une attirance sexuelle et à coucher avec lui résulte certainement d'un autre mécanisme.”
“L'enfant a besoin de s'identifier aussi bien à la mère qu'au père. Donc s'il manque l'un ou l'autre il lui sera très difficile d'avoir un parcours de vie harmonieux sur la plan affectif puisqu'il n'a pas connu une relation saine et aimante mari/femme.”
“Faut-il légaliser, c'est à dire encourager des dérives, sous prétexte de tolérance, de grandeur d'esprit qui n'est en fait qu'une absence de repère largement liée à une éducation déficiente ? Faut-il renoncer à l'éducation bipolaire homme-femme, dont la complémentarité est synonyme souvent d'équilibre chez l'enfant de par le pivot solide que peut représenter un couple?”“Psychiquement l’enfant a besoin d’un père, d’une mère,d'un Amour et d’une éducation bipolaire ! Affirmer le contraire est un encouragement à la destruction de la société. La bible dit que dans les temps de la fin, le bien sera appelé mal, et le mal bien. Cette parole qui était impensable il y a quelques années devient réalité. Ne jouez pas à l’autruche. Les belles années, avec de telles prises de positions, ne reviendront plus ! Vous préparez un « beau » monde pour vos enfants ! À quand des COURS obligatoires DE LOGIQUE dans les Écoles. (L’Homosexualité et leurs éventuelles adoptions d’enfants sont contraires aux lois de la nature.)”
“Pour moi pas d'adoption car l'enfant a besoin d'un père masculin et d'une mère féminine. Point barre. Je ne dis pas que les parents hétérosexuels sont tous irréprochables loin de là, mais l'enfant a besoin de pouvoir S'IDENTIFIER aux gens de son sexe, alors comment ferait-il avec 2 pères ou 2 mères ?”
“Je ne peux souscrire ni au mariage et encore moins à l'adoption par des couples gay. La question n'est pas d'ordre moral, bien entendu ! Elle est celle d'un certain équilibre autant pour les enfants que pour les parents. Il faut un homme et une femme pour faire un enfant et pour l'élever et le former à la vie. Les familles recomposées ou adoptives hétérosexuelles rencontrent souvent beaucoup de difficultés avec l'adolescence et je suis persuadé que ces difficultés seront augmentées par le facteur "gay".”
“Si je peux facilement concevoir qu'un couple féminin puisse élever un ou plusieurs enfants, car la femme est faite pour être mère, et ceci quelque soit le contexte. J'ai beaucoup plus de peine à imaginer deux hommes élever un ou une gosse, car la connaissance du côté féminin doit manquer cruellement à quelque part.”
“Je vais jusqu'à me demander si le désir d'enfant des homos n'est pas finalement avouer que cette façon de vivre sa sexualité a un côté insupportable et qu'il faut donc, par un moyen détourné, retrouver une dualité du genre, mais sur le dos de l'enfant.”
“Notre société a tendance à vouloir toujours adapter la loi aux situations existantes sans se demander si ces situations sont idéales. Il existe des couples divorcés ou séparés mais personne avant de se marier ou de se mettre en couple n'affirmerait qu'il sera heureux et qu'il vise comme situation "d'être divorcé". Nous visons l'idéal mais nous nous adaptons lorsque n'atteignons pas cet idéal. Par contre, faisons attention de n'inscrire dans nos lois que les situations idéales pour éviter un nivellement par le bas de notre société.”
“L'Etat n'a pas a entrer en matière pour reconnaître une union entre personnes de même sexe. Cela doit rester privé. Enfin, l'Amour a un telle richesse qu'il est impossible de l'épuiser. Il y a l'Amour de Dieu, l'amour entre un homme et une femme, amour exclusif et sponsal, l'amour entre frère et soeur, l'amour d'amitié (qui ne peut être que cet amour entre deux personnes de même sexe)... Ces types d'Amour n'entraînent pas la sexualité, qui est accompli entre un homme et une femme dans le cadre fidèle du mariage.”
“C'est clair qu'il y a un lobby des homosexuelles au niveau de la pouvoir qui est extrêmement fort. Si non on peut pas explique une pareille décision. je ne suis pas conspirationniste mais d'un point de vue politique c'est une gaffe. Ce comme ils on perdu leur tête ou, plus logique comme Berne a reçu l'ordre d'accepter cette chose-ci.”
jeudi 15 mars 2012
Egalité?
| Comme toujours, surtout en période de campagne politique, tout prétexte est bon pour s’en prendre aux minorités sexuelles et en particulier aux homosexuels. Ainsi en France le candidat-président Sarkozy affirme son opposition au mariage gay, en Italie tant la gauche que la droite s’empressent de s’en dissocier, en Suisse il y en a qui s’indignent contre l’adoption par les parents gays (pour halluciner jusqu’au bout, lire avec attention les commentaires à ce lien), et on en trouve même qui sont prêts aux croisades contre “l’idéologie du gender”! |
Cependant, dans les faits, la politique est très loin du vécu réel des populations. En effet, le mariage gay et l’adoption sont légaux dans plusieurs pays et cela ne provoque aucun dégât: les seuls problèmes sont donc dans la tête de ceux qui s’y opposent.
Or, puisque les êtres humains sont les mêmes partout, ils sont en tout contexte capables d’éprouver des sentiments et d’aimer, que cela soit permis ou pas. Ce qui se passe est que dans les pays où aucunes lois réglant les statuts des couples homosexuelles et de leur progéniture n’existent, ces familles “arc-en-ciel” sont privées de tout droit. Elles existent bel et bien, mais les conjoints n’ont pas les mêmes droits que les membres d’un couple hétérosexuel, ni vis-à-vis de leur ménage ni vis-à-vis des éventuels enfants. Il y a donc un vide légal, que la politique peine à combler.
Une grande partie de la population est souvent favorable au mariage et à l’adoption gay, mais dans beaucoup de cas les politiciens n’ont pas assez d’ouverture mentale et quand ils n’attaquent pas les communautés lgbtq ils proposent seulement des petites avancées (voir ici pour la France et ici pour l’Italie).
Les derniers recours pour voir reconnaitre ses droits semblent donc les tribunaux: cours nationales de cassation et Cour européenne des droits de l’homme. Malheureusement, non seulement ce n’est pas l’endroit pour légiférer (en tout cas pas dans des pays qui n’appliquent pas la common law), mais en plus le résultat n’est pas garanti.
Juste aujourd’hui deux jugements importants étaient rendus.
- Le premier, par la Cour de cassation italienne, qui a statué que même en dépit d’un contrat de mariage (le mariage homosexuel et le pacs n’étant bien sûr pas légaux en Italie) les conjoints gays doivent avoir les mêmes droits que les autres; on s’en réjouit (même si ce n’est qu’une goutte dans l’océan)!
- Le deuxième, par la Cour européenne des droits de l’homme, qui a statué que, puisque les gays ne peuvent pas se marier, ils ne peuvent pas adopter d’enfant en France…mais ils ne sont pas discriminés pour autant! Il s’agit clairement d’une ânerie sans paire, équivalente à dire que si les noirs à l’époque de l’apartheid ne pouvaient pas être médecins c’est car ils ne pouvaient pas aller à l’uni…mais sans être pour autant discriminés. Lamentable!
Heureusement que cette réalité n’est pas la même partout. Si quelques pays sont à tel point civilisés que le nom des deux conjoints est inscrit sur l’acte de naissance des enfants, en Suisse aussi les choses bougent et cette semaine le Conseil des Etats a accordé aux couples homosexuelles le droit d’adopter des enfants, en acceptant la motion «Même droit pour toutes les familles»…espérons de ne pas être déçus par le Conseil National!
En attente de voir ce qu’ils décideront, croisons les doigts et détendons nous avec ce tube de Lily Allen…en souhaitant que l’homophobie disparaisse bientôt et que ce ne soit plus nécessaire de leur dire Fuck you. Bonne route!
mercredi 21 décembre 2011
Quand je lis certains articles…
Depuis un certain temps, dans les pays européens avoisinant la Suisse, il est à la mode de chercher un bouc émissaire pour les problèmes internes. C’est, sans doute, un vieux phénomène à l’échelle historique, qui a eu des plus ou moins graves répercussions (il suffit de penser à Hitler ou, plus récemment, aux USA de Bush fils). Une conséquence certaine de cette attitude est que le débat se déplace, et que les citoyens perdent de vue les vrais problèmes pour se concentrer sur des aspects mineurs de la vie de leur pays (par exemple, au lieu de penser à la marginalisation et au racisme que subissent les habitants des cités françaises issus de l’immigration, on se lance en des débats sans fin sur la pertinence de la burka au sein de la république).
Quelque chose de cet ordre là est en train de se passer ces jours-ci en Italie. Tout juste ce matin, en lisant la presse italienne, je suis tombée sur un article au titre révélateur: “Assiéger Berne, c’est un devoir européen”. Le but de l’article était de démontrer que si l’Italie va mal, c’est à cause de tous les gens qui amènent leur fortune en Suisse – et des “méchants suisses” qui les laissent faire. Or, quand je lis ce genre d’articles, je me mets en colère, et je vais vous expliquer pourquoi (en reprenant partiellement le commentaire que j’ai publié en italien sur ledit article).
Assez de s’en prendre à la Suisse! Aller chercher les responsabilité des problèmes italiens ailleurs qu’en Italie, ça sert juste à distraire les masses. Les plus grands fraudeurs fiscaux sont en Italie, dans toutes les villes et villages, dans toutes les rues. Ce sont tous ces artisans, coiffeurs, dentistes et autres membres des professions libérales qui empochent énormément d’argent sans donner aucun reçu….et ils ne vont sans doute pas amener leur argent en Suisse!
Ce qui faut en Italie c’est une politique fiscale rigoureuse, sur le modèle USA: facture obligatoire et PRISON pour les fraudeurs du fisc. Puisqu’il s’agit d’un vol, qui équivaut à piocher dans les poches des autres citoyens, il faut punir les fautifs, et non pas les pays voisins comme la Suisse (qui, d’ailleurs, selon les accords fiscaux actuellement en vigueur avec l’Union Européenne, verse déjà des pourcentage forfaitaires d’impôts sur les capitaux italiens à l’Etat italien lui-même).
Malheureusement, attaquer la Suisse fait vendre plus de copies aux éditeurs des magasins et rapporte plus de voix et de popularité aux politiciens que taxer les citoyens et punir les voleurs…donc c’est très probable que les discours ne vont pas changer de si tôt.
Sur cela, puisque on approche des fêtes et qu’on est tous plus gentils (ou du moins on fait semblant de l’être), quittons nous avec un chant de Noël. Bien que j’adore le grand classique War is over de John Lennon, je le trouve un peu trop surmédiatisé. C’est pour cela que j’ai choisi quelque chose de plus traditionnel, le chant chrétien Adeste fideles, dans la merveilleuse version de l’artiste irlandaise Enya. Bonne route!
dimanche 4 décembre 2011
Sécuri-sexe
En tout cas, malgré l’hypocrisie du ruban, pratiquement tous les médias ont insisté un peu sur la protection, rappelant l’existence des préservatifs et l’importance de leur utilisation (partout sauf en Italie, comme toujours). Cependant, là aussi il y a de quoi critiquer: la prévention est toujours et uniquement liée au condom, et de ce fait:
- le choix et la responsabilité pour la protection sont déclinés au masculins actif, de par la nature même du dispositif de protection;
- la relation sexuelle est envisagée dans une optique phallocentrique, ce qui bien évidemment laisse de côté nombre de possibilités alternatives.
La première question est celle de la responsabilité pour la protection, qui peut désormais être endossée aussi par la femme grâce à la création du femidom (ou préservatif féminin), disponible sur le marché depuis les années 1990 et encore peu connu (probablement parce qu’il ne semble pas très glamour).
Tout savoir sur le préservatif féminin ! par mairiedeparis
En Suisse il peut être acheté à 0.95 CHF/pièce à l’Aide Suisse contre le Sida et en pharmacie, il est parfois distribué gratuitement dans les milieux associatifs; en France il peut être acheté en pharmacie (prix: 2 à 3 euros/pièce) et il est distribué gratuitement dans les milieux associatifs, les centres de planification familiale, les centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG).
Le deuxième point est que non toutes les relations sexuelles incluent une pénétration ni même la présence d’un membre viril. Or, bien que dans ces cas le risque de contracter le VIH ou une autre IST soit moins important, il est présent. Des protections existent pour ces cas de figure, mais elles ne sont pas souvent mentionnées ni bien connues. Sans en faire une liste exhaustive, je vais me contenter de citer les dental dams, ou digues dentaires, qui permettent de limiter les risques en cas de contacts bucco-génitaux. En Suisse, les dental dams peuvent être achetées à l’Aide Suisse contre le sida pour 2.65 CHF/pièce ou en pharmacie; en France, on peut les acheter en pharmacie. Des autres méthodes de protection contre les IST et le VIH existent; il s’agit principalement de mesures hygiéniques concernant les mains et la peau en général et des éventuels objets (plus d’informations ici et ici).
Nous voici arrivés à la fin. Il a été difficile de trouver une chanson pour clore ce post, puisqu’il n’en existe pas beaucoup sur le sujet et, qui plus est, la plupart d’entre elles sont trop “gnan-gnan” (comme dirait S.L.
mercredi 30 novembre 2011
Suicides assistés en Suisse
Depuis hier, l’Italie est traversée par une polémique au sujet de la mort du journaliste Lucio Magri, ayant choisi de quitter ce monde à travers le suicide assisté. Pour différentes raisons, j’en suis venue à parler à plusieurs reprises de ce choix au cours des derniers jours: tout d’abord à cause du post précédent sur les suicides en Chine, puis suite au geste de Magri et enfin parce que ce n’est pas très rassurant de lire “tendances suicidaires et suicide” parmi les effets secondaires du médicament que je prend tous les jours.
Il faut savoir qu’en Italie, comme dans beaucoup d’autres pays, le suicide assisté n’est pas autorisé, ce que je trouve incontestablement barbare: si, depuis 1880 au moins, la revendication politique “Ni Dieu ni maitre” existe et peut être énoncée, pourquoi ne pourrait-on pas décider de sa dernière heure? Et pourquoi ne pourrait-on pas en décider dans la dignité et la sérénité? (vieux débat que celui touchant à la vie et à la dignité en Italie, si on songe par exemple au temps qu’il a fallu pour introduire la pilule abortive RU-486, légale en France depuis 1988 et en Italie depuis la fin 2009 ).
Pour en revenir au suicide assisté, en discutant avec des amis je me disais que, bien que partir de son propre chef soit plutôt admirable (ne ce fusse que par le courage que cela requiert), une pratique comme celle du suicide assisté doit être assez bizarre, puisque tout le monde sait où, quand, comment et pourquoi on s’en va. Non seulement on a le courage de décider de sa propre mort, mais en plus on assume les adieux et l’angoisse qu’ils peuvent susciter. En même temps c’est tellement délicat comme sujet qu’on ne peut pas vraiment exprimer une opinion: chacun décide pour soi-même et avec soi-même, et selon moi tout ce qui importe est d’avoir les instruments et d’être assez serein pour pouvoir prendre l’une ou l’autre décision en toute conscience. Ce qui est sûr c’est que ça doit être affreusement dur de s’en aller ainsi: déjà il faut être sacrément forts pour consoler tout le monde…et puis on fait comment pour choisir quel sera son dernier vin, sa dernière chanson ou sa dernière balade? Pas facile, surtout à notre époque (disait Michel Foucault: “La philosophie antique nous apprenait à accepter notre mort. La philosophie moderne, la mort des autres”).
Il faut sans doute être exceptionnels et avoir une conception très élevée de la vie, de la mort, de la dignité. Un bel exemple de cette exceptionnalité est celui de monsieur Jean Aebischer, qui en 2004 a accepté d’être le protagoniste d’un magnifique documentaire réalisé autour de son choix de quitter cette terre à travers le suicide assisté. C’est une leçon de vie et de dignité extraordinaire, que de nombreux opposants du suicide assisté devraient regarder – particulièrement dans un pays comme l’Italie. Tenez vos mouchoirs à porté de main parce que ça fait beaucoup pleurer. Bonne route!
Le choix de Jean par GrOuMe
lundi 1 août 2011
1er août
| Heureusement hier j'ai pu profiter un peu du beau temps, et me balader à bord de "La Suisse" (photo en haut, détails dans le prochain post). |
mercredi 13 juillet 2011
On a de la chance
On voit ainsi apparaître progressivement les machines à vapeur, les laveries collectives, les réseaux de gaz, d’eau et d’électricité qui envahissent les rues et les foyers. Comme Foucault nous l’a appris, ceci ne se fait bien évidemment pas sans l’intervention des disciplines scientifiques, d’abord et avant tout l’hygiène. Ainsi, l’auteur nous présente les propos et les oeuvres de plusieurs hygiénistes suisses et en particulier lausannois et la manière dont ils ont fait évoluer les moeurs (par exemple pour ce qui concerne les bains dans le lac). Les médecins et les “services sociaux” de l’époque apparaissent comme les grands inventeurs et propagateurs de la propreté en Suisse: on nous décrit non seulement les avancées théoriques, mais aussi la surveillance pratique exercée au quotidien sur la population (par exemple à l’école) et la lente évolution des habitudes. C’étaient bien les débuts de la biopolitique! En même temps, des intérêts politico-économiques ont poussé pour le passage de la saleté à la propreté. A une époque où des maladies telle la tuberculose étaient très diffuses et la Suisse se définissait en tant que lieu touristique thérapeutique et sain (exemple), la propreté apparût comme un élément fondamental pour garder cette connotation. En effet, l’hygiène impeccable des établissement et des villes attrayait les touristes, mais il empêchait aussi aux germes de se propager (c’étaient les années des découvertes de Pasteur). En plus, l’amélioration des conditions de vie des ménages populaires était soutenue par les milieux aisés, puisqu’elle calmait les esprits et éloignait la menace communiste.
Ces phénomènes ont certes été décrits dans plusieurs ouvrages, mais il y a plusieurs raison de lire celui-ci. Premièrement il intègre beaucoup de références, de citations, d’images et il permet non seulement de se faire une idée claire des événements, mais aussi de les visualiser grâce aux photos et aux gravures reproduites. En outre, il se focalise presque complètement sur Lausanne et ses environs, donc il fait voyager ses lecteurs dans une autre époque, où la ville elle-même était différente. Enfin, il ne faut pas se déplacer pour l’avoir (!): la version intégrale est disponible en ligne et peut être téléchargée gratuitement en format .pdf (voir l’image).
Si vous voulez vous distancier de tous les conforts dont notre époque nous fait profiter, prendre du recul, et réaliser que certains instruments et quelques habitudes sont plutôt récents (que sont cent ans à l’échelle de l’humanité?), cet ouvrage est fait pour vous!
Voici quelques passages qui m’ont beaucoup plu:
Deux lanternes à gaz étaient allumées, Place de la Riponne, le 31 décembre 1846! Presque partout l’on choisissait les fêtes de fin d’'année, la nuit de la Saint-Sylvestre particulièrement, pour introduire les premiers éclairages publics, à gaz puis électriques. Lausanne n’était alors éclairée que par une dizaine de falots à huile accrochés à un câble tendu entre les maisons. Frédéric Loba, un chimiste, venait de recevoir de la commune de Lausanne le monopole de l’éclairage au gaz public et privé. Constituée en société privée, son entreprise installa en 1848 sa première usine à gaz au port de Lausanne, à Ouchy. “Le samedi 22 janvier 1848, on vit le Bazar vaudois éclairé par une vingtaine de becs d’espèces différentes, qui attirèrent la visite d’une foule de curieux. La place de la Palud fut éclairée au gaz quelques jours après, et les rues ne tardèrent pas à être dotées de nouveaux réverbères (…) Puis divers établissements publics et des magasins (…) C’était l’âge d'or de la compagnie; chacun admirait cette flamme sans mèche qui s’étalait aux yeux sous la forme d’un papillon” [page 47]Suite à la lecture de cet ouvrage, j’ai décidé de poursuivre mes promenades dans la Suisse d’un temps avec un petit livre (d’ailleurs cité par Heller à la page 208), “Pipes de terre et pipes de porcelaine”, qui recueille les souvenirs de Madeleine Lamouille, femme de chambre en Suisse romande entre 1920 et 1937, tels que recueillis par Luc Weibel. Cet ouvrage d’histoire orale en réalité commence bien avant 1920, avec l’enfance de madame Lamouille au début de 1900, dans un petit village du canton de Fribourg. Ils nous raconte l’histoire d’une famille pauvre, d’un pays très inégalitaire et profondément différent de celui qu’on connait aujourd’hui. Après avoir été ouvrière en France, la protagoniste revient en Suisse et elle commence à travailler comme gouvernante chez des familles aisées de la Suisse romande, chose qu’elle fera jusqu’à son mariage. Les scènes répertoriées dans ces récits sont touchantes et dramatiques; beaucoup d’entre elles seraient impensables dans la société suisse contemporaine. Le monde qu’on nous décrit est dur, classiste, épouvantable. Il s’agit, en somme, d’un magnifique témoignage qui laisse révoltés, mais aussi satisfaits du progrès que des personnes comme madame Lamouille ont construit et ont offert aux générations actuelles.
La plus éclatante, la plus blanche enfin, presque comme le soleil! Non pas jaune comme les lampes habituelles. “Non seulement elle n’altère pas les couleurs des tissus ou autres objets, mais nous les montre comme la lumière du jour, sous leur véritable aspect.” Cette qualité fut d’ailleurs la seule qui lui fut nuisible pendant un certain temps: on craignait de s’abîmer les yeux, de les brûler à la longue en vivant sous un éclairage si éclatant. Le préjugé était plus fort que la réalité, l’ampoule habituelle était alors de 20 watts! Enfin, l’électricité, auréolée d’une puissance quasiment miraculeuse, devait susciter des commentaires lyriques: “Combien de fois n’avons-nous pas admiré, des hauteurs, la plaine qui s’étend au loin, toute parsemée de constellations. Ce sont les villes et les villages éclairés à l’électricité. Ne dirait-on pas vraiment que cette fée, en parcourant monts et vallées, dans une chevauchée désordonnée, a pris plaisir à laisser tomber de son chariot lumineux quelques fleurs aux brillantes couleurs.” [pages 50-51]
Plus ou moins entre 1915 et 1919, on retrouve les deux premières scènes que je vais citer plus bas. Je les ai lues dans un moment banal, assise à un arrêt de bus bien propre, en attendant un bus ponctuel, avec des habits neufs, un bon petit déjeuner dans le ventre et, aux oreilles, un iPod qui chantait la chanson que vous trouvez ci-bas. Ce que je vous propose, c’est de faire partir la vidéo et de lire les quelques lignes qui suivent…peut-être en vous disant qu’en vivant de nos jours, dans nos pays, on a quand même vraiment de la chance. Bonne route!
Avec cette écorce (ou parfois avec de l’osier) mon père fabriquait ses paniers. Quand ils étaient faits, nous, les pauvres enfants, on allait les vendre: on partait à l’aventure, on allait jusqu’à Arissoules, à quatre kilomètres de Cheyres – en général le mercredi, qui était jour de congé pour les écoles –. On partait avec chacun deux paniers au bras, peut-être trois. On les vendait toujours, nos paniers: ils étaient très bien faits. On les vendait deux francs pièce. Pour cette journée, nos parents ne nous donnaient pas de provisions. Il n’y avait peut-être pas de pain à la maison ou, s’il y en avait, il fallait le garder pour le repas du soir: on en avait si peu. Mon père nous disait: “Vous avez des belles voix; vous chanterez, et on vous donnera à manger.” C’est ce qu’on faisait: on chantait dans les cours des fermes.[13-14]
Mon père, dans son petit plantage, faisait quelques plantons de tomates, de pensées, de pâquerettes. Ca aussi on allait le vendre: on avait une vieille poussette, on y mettait nos cageots, qui contenaient les plants avec un peu de terre. Et on partait, tous les quatre, pour aller vendre cette marchandise à plusieurs kilomètres à la ronde. Nous avions respectivement douze, onze, neuf et six ans. [14-15]
Chez les B, on nous faisait travailler comme des esclaves. Mais je leur ai toujours été reconnaissante de m’avoir soignée, de ne pas m’avoir renvoyée. Si j’étais revenue à la maison, je serais peut-être morte. Qui est-ce qui 'm’aurait soignée? Pauvres comme on était, ma mère malade, mon frère qui faisait déjà le valet de ferme tout en allant à l’école: personne ne se serait occupé de moi. En tout cas pas Monsieur le curé.[41]
J’étais arrivée en fin de matinée. Mon premier choc, c’est que personne ne m’a touché la main. Personne ne m’a dit: “Bonjour Mademoiselle, vous avez fait bon voyage?” Rien. Ni Monsieur ni Madame: rien du tout. On m’a tout de suite mise à mon travail. (…) Alors j’ai pris le plateau, je suis allée au salon et j’ai dit “Bonsoir messieurs-dames”, comme je faisais chez les B. Ils se sont tous regardés, stupéfaits. Il y a eu un moment de silence. Enfin ils ont dit: “Bonsoir, Madeleine”. (…) Marie m’a répondu: “C’est qu’ici on ne salue pas les bonnes: on ne se dit jamais ni bonjour ni bonsoir, pas même le jour de Noël ou le jour de Nouvel An: rien, jamais.” (…) En somme nous étions uniquement des machines à travailler, et nous étions traitées comme telles.[81-84]
Madame W. tenait son rang, mais elle n’était pas hautaine. Monsieur W, lui, était méprisant. Il détestait la classe ouvrière. Quand on ne portait pas veston et cravate, on n’existait pas pour lui. Au moment où on a construit sur les Tranchées un immeuble locatif en face de l’appartement de la famille, il disait: “C’est affreux, on verra aux fenêtres des hommes en manches de chemise!” En ce temps-là, les Messieurs n’ôtaient jamais leur veston. [89]
Monsieur était assez gentil, mais Madame était très hautaine, et ne lui adressait pas la parole. Elle avait une chambre minuscule, sans autre aération qu’une fenêtre donnant sur l’escalier. Au moment de l’engager Monsieur lui avait dit: “Comment vous appelez-vous?” “Marie” “Ici, on vous appellera Bobonne. C’est la coutume dans notre famille” [92-93]
Pendant les repas, elle restait à la cuisine. A un moment donné, Madame la sonnait, elle allait avec son assiette à la salle à manger, et Madame lui mettait dans son assiette ce qui restait. [93]


