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lundi 17 septembre 2012

Mariage homo: une réponse à Natacha Polony

Après un long (et mérité) calme estival, nous voici aux portes de la rentrée: tout se remet en marche, y compris les discours à propos des thèmes les plus divers. Parmi ces discours, on retrouve celui de Natacha Polony il y a deux jours dans l’émission “On n’est pas couché”… et on ne peut que réagir.


La ministre de la famille était l’invitée de l’émission pour présenter le projet de “Mariage pour tous”, qui est à présent seulement en phase d’examen. S’il est vrai, comme l’a dit entre autres Yves Delahaie, que la ministre Dominique Bertinotti était très mal préparée et ne voulait pas trop s’exposer, il est aussi vrai que les arguments contre le mariage homo avancés par Natacha Polony étaient au moins illogiques, et au plus réactionnaires.

En effet Mme Polony a argumenté:
  1. que le mariage est une chose naturelle
  2. que le but du mariage est la procréation
  3. que le mariage est réservé aux couples hétérosexuels et qu’il n’est pas un droit
  4. que l’introduction de la fécondation assistée pour les couples lesbiennes entrainerait l’introduction des mères-porteuses
  5. que les couples homo élèvent les enfants tout autant bien que les hétéros, mais ils ne devraient tout de même pas profiter du mariage.
Reprenons une à une les considérations de Natacha Polony et cherchons les erreurs.
  1. Le mariage n’est pas une chose naturelle. C’est un contrat entre deux personnes, et comme tout contrat il existe parce que la société lui donne de la légitimité: elle lui attribue le droit d’exister.
  2. Le contrat de mariage a comme but, historiquement, la règlementation des droits d’héritage et de patrimoine. C’était une formule formidable d’association entre familles et de fusion de différents patrimoines. En réfléchissant, on se souvient vite du fait que les enfants illégitimes ont toujours existé…et que la conséquence fondamentale de leur condition sur les gamins “bâtards” était qu’ils n’avaient pas accès à l’héritage. Certes, ça c’était avant. Mais si de nos jours le mariage  avait comme but la procréation, il faudrait empêcher les personnes stériles ou les vieux de se marier! Or, il est clair que si les vieux ou les infertiles se marient quand même c’est parce que le mariage permet de profiter de certains “privilèges” (sur le plan fiscal et légal, notamment), qui ne sont pas accordés aux personnes non mariées. 
  3. Etant donné que le mariage entraine des privilèges réservés aux gens mariés, on devrait permettre à tout le monde d’accéder à ces privilèges (ou à personne). En effet, en vertu de quoi un couple hétéro marié sans enfants aurait droit à des “cadeaux” fiscaux, et un couple homo dans la même condition non?
  4. A présent, la loi française autorise les couples hétérosexuelles stériles à avoir recours à la fécondation assistée et in vitro avec don de sperme anonyme, mais elle ne les autorise pas à avoir recours aux mères porteuses. Il existe donc d’ores et déjà une discrimination entre les couples hétérosexuelles où la femme peut porter des enfants et celles où elle ne peut pas…et cette discrimination est préexistante par rapport à la future législation sur le mariage pour tous. Il faudrait donc redresser la situation en permettant (ou en interdisant) à tout le monde le recours à des donneurs et donneuses anonymes.
  5. Ceci revient à dire que les enfants des couples homos devraient être discriminés à priori. Bien évidemment, c’est une affirmation grave et qui bafoue l’idéal républicain (où est passée l’égalité?).
En gros, donc, Mme Polony a profité de l’espace de parole offert par l’émission pour balancer une série de préjugés sans logique ni sens. Elle n’en a pas le monopole, certes (entre autre l’acteur Rupert Everett s’est distingué pour une prise de discussion discutable – surtout si elle provient d’un homo!). 

Contrairement à Everett (qui parle depuis le “champs de bataille et dit que son opinion ne concerne que lui), Natacha Polony parle de choses qu’elle connait de toute évidence mal et en plus elle le fait comme si elle détenait “LA Vérité” suprême sur le sujet. Désolant!

Après avoir démontré toute la fausseté du raisonnement de Mme Polony, j’ouvre une parenthèse pour dire que (comme souligné d’ailleurs par le journaliste Aymeric Caron lors de la même émission) le droit familial basé sur le mariage (même avec le “mariage pour tous”) est en tout cas discriminatoire pour les personnes non mariées. Le but d’un gouvernement réellement progressiste et libertaire serait d’annuler tous les privilèges pour les couples mariées, et de réduire le mariage à un contrat visant la simplification administrative (pour les choses de la vie courante, comme la location d’un appartement, le droit de décision en cas d’hospitalisation, etc.). En effet, si vraiment on veut la liberté et l’égalité, on doit ouvrir le droit du mariage à tout le monde…sans pour autant discriminer ceux qui ne sont pas mariés!

Pour une autre analyse du débat Bertinotti - Polony, vous pouvez regarder le post de Sandra ici.

Pour nous quitter sur un ton plus gai, voici “Fiori d’arancio” de l’incomparable artiste italien Renato Zero. Bonne route!

Renato Zero – Fiori d’arancio

mardi 10 janvier 2012

La religieuse

En vacances j’ai finalement le temps de lire un peu…et, si je considère les livres qui attendent d’être feuilletés, je n’ai que l’embarras du choix. Puisqu’il faut bien commencer quelque part, j’ai choisi “La religieuse”, une œuvre réalisée à la fin du XVIIIe siècle par Denis Diderot et devenue désormais un classique de la littérature française.

Diderot, Denis (2000) La religieuse. Paris: Librairie Générale Française, 319 pp.



L’écrivain et philosophe français (qui était par ailleurs né le même jour que moi, bien que dans un autre siècle) est plus connu pour l’Encyclopédie et pour son rôle majeur dans le mouvement des Lumières que pour ce petit roman dont je vais parler.

Louis-Michel_van_Loo_001Portrait de Denis Diderot, par Louis-Michel Van Loo (1767)
613px-Marc-Antoine-Nicolas_Croismare

Marc-Antoin-Nicolas de Croismare dans une gravure de Charles-Nicolas Cochin

Il s’agit d’une œuvre dont la réalisation est drôle et bizarre. Diderot et son entourage avaient un ami, le marquis de Croismare, qui avait quitté Paris et était parti à la campagne pour quelques temps; pour le convaincre à retourner dans la capitale, Diderot et ses amis avaient imaginé une histoire assez alambiquée.

En effet, quelques temps auparavant, ledit marquis s’était intéressé à l’histoire d’une bonne sœur qui, se plaignant du fait que ses vœux lui avaient été extorqués, essayait de quitter son ordre et de reprendre une vie séculaire. Une fois que le marquis quitta Paris, Diderot commença à lui envoyer des lettres se faisant passer pour la bonne sœur, qui se serait enfuie du couvent et demanderait de l’aide au marquis lui-même. Le marquis tomba dans le piège, en offrant de l’aide à la jeune femme. Cependant, quand il proposa qu’elle le rejoigne à la campagne, Diderot essaya d’abord de prendre du temps, en faisant tomber malade la fantomatique religieuse, et ensuite il décida de la tuer.

Le roman se compose de deux parties: une partie contient la vraie correspondance entre le marquis de Croismare et “la religieuse” (soit Diderot) et une autre partie, bien plus longue, contient des mémoires que “la religieuse” avait rédigées à l’intention du marquis juste avant de mourir. Ce sont ces mémoires qui représentent le cœur de l’ouvrage.

La religieuse Suzanne Simonin est le personnage principal, et aussi l’unique narrateur, du moins dans la partie des mémoires (puisque dans la correspondance on trouve aussi le marquis, une fantomatique dame qui aurait assisté la “religieuse” et Diderot lui-même, qui présente le récit).

Elle explique son histoire d’enfant illégitime, placé de force au couvent pour ne pas porter préjudice aux enfants légitimes (ses demies-sœurs). Une fois au couvent, elle rencontrera plusieurs personnages usés et névrosés par la vie communautaire, et tout particulièrement ses mères supérieures.

Diderot avait l’expérience des méfaits de la vie religieuse, puisque sa sœur était devenue folle et morte au couvent, et li avait  lui aussi été enfermé au couvent pendant sa jeunesse; il profite donc du monologue de Suzanne pour s’élever contre les perversion que la vie monastique instille dans l’âme des gens - et cela, bien évidemment, depuis son point de vue d’homme des Lumières.

Ainsi, Suzanne rencontre d’abord une mère supérieure “illuminée”, en proie à des délires mystiques et qui s’auto-convainc d’avoir la foi et une relation privilégiée avec Dieu. Suite à sa mort par folie, causée par une crise spirituelle, Suzanne connait un deuxième couvent et une deuxième mère spirituelle: elle est sadique et superstitieuse, et elle mortifie la chair et le corps des bonnes sœurs à l’aide du cilice et d’autres instruments. Finalement, ayant appelé l’évêque au secours, Suzanne réussit à migrer vers un troisième couvent et là elle connait sa troisième mère supérieure, qui s’entoure d’un véritable harem de jeunes nonnes et essaye de séduire la naïve héroïne. Quand finalement elle s’enfuit, elle doit se cacher mais elle goute un petit peu à la liberté, bien que seulement pour une très courte durée: elle tombe malade et elle meurt peu après (faute de pouvoir rejoindre le marquis à la campagne en chair et en os!).

L’œuvre peut être analysée à plusieurs niveaux. Tout d’abord, la qualité de la narration est excellente: les descriptions sont abondantes et touchantes, mais jamais excessives; les dialogues permettent à d’autres personnages de prendre la parole, et enrichissent le nombre de points de vue présents dans le roman; finalement, les réflexions de Suzanne permettent à Diderot de se manifester lui-même et d’exprimer ses idées philosophiques anticléricales et libertaires.

Ces réflexions prêtées à Suzanne la caractérisent comme un personnage particulièrement complexe. Si elle possède presque entièrement des caractéristiques que Diderot et les hommes de l’époque considèrent exclusivement féminines (elle est volubile, irrationnelle, naïve, fragile), elle a parfois des moments de lucidité et d’extrême rationalité…qu’elle n’ose toutefois pas assumer jusqu’au bout, et en tout cas jamais sans un support masculin. Pour cette raison, le roman n’est pas seulement une belle œuvre de fiction, mais aussi une bonne source pour analyser la construction sociale du genre.

Diderot ne nous fournit cependant pas seulement de la matière sur le genre, mais aussi sur la construction sociale de la sexualité. En effet, toute une partie des mémoires de Suzanne contient la description minutieuse de ce que Michel Foucault et d’autres auraient identifié, deux siècles plus tard, comme la surveillance et la disciplinarisation des corps (voir ici par exemple). En effet, quel meilleur endroit que les couvents pour dresser les corps et les surveiller?


Panopticon

Plan du Panoptique par Jeremy Bentham. Il s’agit du modèle idéal de structure de surveillance à la fin du XVIIIe siècle

Ce processus va plus loin que le corps, jusqu’à pénétrer l’esprit des surveillés par une microphysique du pouvoir, à l’œuvre dans des dispositifs (ou devrait-on les appeler des rituels) tels l’aveu, la confession etc. Or, dans le roman de Diderot, on observe ces mécanismes en action: par exemple, l’aveu sur l’adultère de sa mère, opportunément filtré par les hiérarchies religieuses, convainc Suzanne à rentrer au couvent; ce sont encore des aveux sur la nature des sentiments de la mère supérieure qui mettent en discussion leur relation, après avoir été analysés et disséqués par des tierces personnes.

Ces étapes  vers l’aveu, la médiation d’un expert (confesseur ou autre) et l’introspection médiatisée par les instruments de l’experts (par exemple par les notions religieuses) sont exactement celles décrites par Michel Foucault dans Histoire de la Sexualité I: La volonté de savoir (pour avoir un résumé de ce livre agrémenté de citations, écrivez-moi)… Et ce n’est sans doute pas un hasard si “La religieuse” est l’une des sources sur lesquelles Foucault s’appuie pour construire sa théorie sur la construction sociale de la sexualité!

Tout en s’inspirant du romancier anglais Samuel Richardson, qu’il admire, Diderot mène aussi un discours anticipateur des fondements des sciences sociales. En effet, Diderot ne dénigre et ne se moque pas de la religion ou d’autres comportements qu’il juge irrationnels (et d’autant plus lointains de on point de vue qu’il est pleinement intégré dans les Lumières): il essaye de les comprendre (même si ce n’est que pour mieux les combattre), dans une démarche qui n’est pas sans rappeler la sociologie compréhensive de Max Weber.

Diderot donc ne se contente pas d’écrire un roman: il veut raconter comment certains parcours individuels sont, au final, socialement construits. Il ne veut pas imposer son point de vue de philosophe de manière déconnectée de la réalité, mais il exploite un récit vraisemblable pour rendre la réalité intelligible au lecteur et ainsi faire mieux accepter sa réflexion philosophique. Pour ce faire il maquille la réalité de manière consciente, et il le revendique. Puisqu’on a déjà traité de la limite entre la réalité et la fiction dans la création littéraire quelques temps en arrière, il me semble intéressant de reporter ici quelques propos de Diderot lui-même à ce propos:

Le monde où nous vivons est le lieu de la scène; le fond de son drame est vrai; ses personnages ont toute la réalité possible; ses caractères sont pris du milieu de la société; ses incidents sont dans les moeurs de toutes les nations policées; les passions qu’il peint sont telles que je les éprouve en moi; ce sont les mêmes objets qui les émeuvent, elles ont l’énergie que je leur connais; les traverses et les afflictions de ses personnages sont de la nature de celles qui me menacent sans cesse; il me montre le cours général des choses qui m’environnent. Sans cet art, mon âme se pliant avec peine à des biais chimériques, l’illusion ne serait que momentanée, et l’impression faible et passagère.” (p. 292)

Au diable le conte et le conteur historiques! c’est un menteur plat et froid. – Oui, s’il ne sait pas son métier. Celui-ci se propose de vous tromper; il est assis au coin de votre âtre; il a pour objet la vérité rigoureuse; il veut être cru; il veut intéresser, toucher, entrainer, émouvoir, faire frissonner la peau et couler les larmes; effets qu’on n’obtient point sans éloquence et sans poésie.” (p. 295)

En somme, il s’agit d’un ouvrage beau, riche et enrichissant, et particulier, dont je vous recommande vivement la lecture. Pour avoir un aperçu de ce que vous allez trouver en le feuilletant, en voici un extrait.

Je m’arrangeai dans ma cellule; j’assistai à l’office du soir, au souper, à la récréation qui suivit. Quelques religieuses s’approchèrent de moi, d’autres s’en éloignèrent; celles-là comptaient sur ma protection auprès de la supérieure; celles-ci étaient déjà alarmées de la protection qu’elle m’avait accordée. Ces premiers moments se passèrent en éloges réciproques, en questions sur la maison que j’avais quitté, en essais de mon caractère, de mes inclinations, de mes gouts, de mon esprit; on vous tâte partout; c’est une suite de petites embuches qu’on vous tend, et d’où l’on tire les conséquences les plus justes. Par exemple, on jette un mot de médisance, et l’on vous regarde; on entame une histoire, et l’on attend que vous en demandiez la suite, ou que vous la laissiez; si vous dites un mot ordinaire, on le trouve charmant, quoiqu’on sache bien qu’il n’en est rien; on vous loue ou  l’on vous blâme à dessein; on cherche à démêler vos pensées les plus secrètes; on vous interroge sur vos lectures; on vous offre des livres sacrés et profanes; on remarque votre choix; on vous invite à des légères infractions à la règle; on vous fait des confidences, on vous jette des mots sur les travers de la supérieure: tout se recueille et se redit; on vous quitte, on vous reprend; on sonde vos sentiments sur les mœurs, sur la piété, sur le monde sur la religion, sur la vie monastique, sur tout. Il résulte de ces expériences réitérées une épithète qui vous caractérise, et qu’on attache en surnom à celui que vous portez; ainsi je fus appelée Sainte-Suzanne la réservée.” (pp. 169-170)

Pour nous quitter, voici une chanson que j’aime bien et où il est fait mention d’une bonne sœur ainsi que d’une mère supérieure (pas facile de trouver de chansons sur le sujet!): Vertige de l’amour du français Alain Bashung. Bonne route!

Alain Bashung, Vertige de l’amour

dimanche 4 décembre 2011

Sécuri-sexe

En occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, qui a eu lieu jeudi dernier, nous avons été bombardés un peu de partout de messages concernant le VIH, sa transmission et les progrès des trithérapies. Après avoir lu la presse, écouté la télé et résisté aux réclames demandant des dons généreux et promptes, il m’est arrivé d’aller au supermarché, et même là j’ai trouvé des jolies jeunes filles, la quinzaine, arborant des grands sourires et distribuant gratuitement des petits rubans rouges (en faite, la grande majorité des gens autour de moi jeudi soir exposaient fièrement leur ruban sur les vestes, les sacs ou même les pantalons).

C’est quand même surprenant cette tendance moutonnière de l’être humain: se sentir concerné par quelque chose un jour par année, de 17h00 (heure à laquelle on sort du supermarché) à 20h00 (quand on enlève la veste avec le ruban et on enfile sa robe de chambre). En fin de compte, on a bien l’impression que l’important n’est pas qu’on se protège contre le SIDA, pour en bloquer l’avancée, mais juste qu’on “se sente concernés” (c’est pourquoi ils distribuent des rubans, et non pas des capotes).

En tout cas, malgré l’hypocrisie du ruban, pratiquement tous les médias ont insisté un peu sur la protection, rappelant l’existence des préservatifs et l’importance de leur utilisation (partout sauf en Italie, comme toujours). Cependant, là aussi il y a de quoi critiquer: la prévention est toujours et uniquement liée au condom, et de ce fait:
  1. le choix et la responsabilité pour la protection sont déclinés au masculins actif, de par la nature même du dispositif de protection;
  2. la relation sexuelle est envisagée dans une optique phallocentrique, ce qui bien évidemment laisse de côté nombre de possibilités alternatives.
Constatant ces deux manques dans les discours médiatiques, j’ai décidé de saisir l’occasion pour dire deux mots à propos du “safe sex”, soit ce qui se traduit en français par “sécuri-sexe” ou “relations sexuelles protégés”. Je ne vais donc pas parler de capote anglaise, elle est déjà très bien présentée ailleurs. Par contre, j’aimerais approfondir les points mentionnés ci-dessus.

La première question est celle de la responsabilité pour la protection, qui peut désormais être endossée aussi par la femme grâce à la création du femidom (ou préservatif féminin), disponible sur le marché depuis les années 1990 et encore peu connu (probablement parce qu’il ne semble pas très glamour).


Tout savoir sur le préservatif féminin ! par mairiedeparis

En Suisse il peut être acheté à 0.95 CHF/pièce à l’Aide Suisse contre le Sida et en pharmacie, il est parfois distribué gratuitement dans les milieux associatifs; en France il peut être acheté en pharmacie (prix: 2 à 3 euros/pièce) et il est distribué gratuitement dans les milieux associatifs, les centres de planification familiale, les centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG).

Le deuxième point est que non toutes les relations sexuelles incluent une pénétration ni même la présence d’un membre viril. Or, bien que dans ces cas le risque de contracter le VIH ou une autre IST soit moins important, il est présent. Des protections existent pour ces cas de figure, mais elles ne sont pas souvent mentionnées ni bien connues. Sans en faire une liste exhaustive, je vais me contenter de citer les dental dams, ou digues dentaires, qui permettent de limiter les risques en cas de contacts bucco-génitaux. En Suisse, les dental dams peuvent être achetées à l’Aide Suisse contre le sida pour 2.65 CHF/pièce ou en pharmacie; en France, on peut les acheter en pharmacie. Des autres méthodes de protection contre les IST et le VIH existent; il s’agit principalement de mesures hygiéniques concernant les mains et la peau en général et des éventuels objets (plus d’informations ici et ici).

Nous voici arrivés à la fin. Il a été difficile de trouver une chanson pour clore ce post, puisqu’il n’en existe pas beaucoup sur le sujet et, qui plus est, la plupart d’entre elles sont trop “gnan-gnan” (comme dirait S.L. Clignement d'œil). Je me suis enfin décidée pour “Protège-moi” des Placebo, dont je ne vais toutefois pas vous proposer le clip original, que je trouve pornographique et à la limite de la décence, mais une vidéo tirée d’un de leurs concerts parisiens. Bonne route!

Placebo, Protège-moi

dimanche 18 septembre 2011

Femmes, genre et géographie sociale

Compte rendu de: Di Méo, G. (2011) Les murs invisibles: Femmes, genre et géographie sociale. Paris: Armand Colin, 344 pp.
Vacances terminées et rentrée aux portes, il faut se remettre au travail et aux occupations moins frivoles qui vont avec. C’est ainsi que j’ai mené la lecture du dernier ouvrage de Guy Di Méo, un intéressant essai sur la géographie des femmes (geography of women) dans l’agglomération bordelaise.
Partant d’une conception du genre qui se veut post-moderne et inspirée de la théorie queer, l’auteur vise l’explication de ce qu’il appelle des “murs invisibles”, c’est à dire des frontières délimitant (et de ce fait séparant) des endroits que les femmes ne fréquentent pas ou fréquentent peu, au gré de leurs appréciations et de leurs besoins. Ainsi, certains espaces seraient évités par les dames en raison d’une insécurité perçue et de l’éloignement du domicile familial…ce qui permettrait de déceler des signes d’une domination patriarcale sur des femmes pas tout à fait libres dans leurs mouvements (qu’elles en soient conscientes ou pas).
Basé sur presque soixante interviews de femmes adultes de toutes les âges habitant dans différents quartiers de la ville de Bordeaux, cet ouvrage retrace leurs mouvements et leurs perceptions de la ville. La structure du livre se divise en six parties:
  1. une introduction, contenant un mea culpa de l’auteur pour avoir ignoré la dimension de genre dans ses travaux précédents, les objectifs de la recherche et trois portraits de femmes de la famille de l’auteur;
  2. une section théorique et méthodologique;
  3. un chapitre s’intéressant à des femmes ayant des mouvements très réduits (autour de leur domicile familial) ou très étendus (dans toute l’agglomération voire au delà);
  4. une partie consacrée à des femmes aux rapports plus équilibrés avec l’espace urbain (mouvements ni trop réduits ni trop étendus);
  5. un chapitre dédié aux perceptions et sentiments des femmes vis-à-vis les différents espaces urbains;
  6. les conclusions.
Le principal point fort du livre réside en la grande importance qui est attachée aux mots et aux récits recueillis lors des entretiens, qui sont en grande partie retranscrits tels quels. Ainsi, non seulement la lecture est plus agréable, mais en plus on a l’impression d’écouter personnellement les témoignages et les parcours de ces femmes, ce qui permet la mise en place d’une certaine empathie et compréhension de leurs motivations et agissements (fondamentale pour toute recherche en sciences sociales depuis le temps de Max Weber).
En revanche, d’autres éléments de cet ouvrage sont moins convaincants et laissent un peu perplexe.
Mise à part la normativité implicite dans l’assimilation d’une mobilité limitée et d’une domination, le nœud central est la conception du genre qui est proposée. En effet, malgré le soutien explicite vis-à-vis des approches (de)constructivistes et queer en particulier, dans les faits des nombreux passages du texte laissent apercevoir une posture beaucoup plus mitigée, voire presque essentialiste. Par exemple le genre se confond à plusieurs reprises avec les caractéristiques et préférences associées aux femmes, comme si elles étaient innées (cf. les conclusions du bouquin). De plus, les actions des femmes sont présentées en mettant en relation leur capacité de s’approprier l’espace avec leurs multiples capitaux, mais leurs rôles de genre (i.e. faire les courses, s’occuper des enfants de manière exclusive) ne sont ni discutés ni critiqués. De ce fait, puisque les rôles de genre ne sont pas spécialement remis en question, ils sont dépeints dans une perspective sexuelle plutôt que de genre. En outre, les acteurs masculins ne sont pas interviewés, leurs pratiques ne sont pas interrogées ni même citées…On n’a donc aucune preuve que les pratiques urbaines masculines et féminines soient différentes (!), alors que la dimension “genre” devrait apparaître justement dans la confrontation entre des pratiques diverses voire contradictoires.
En général, les femmes sont “victimisées” et dépeintes comme écrasées par une domination patriarcale qui n’est ni définie, ni décrite, ni véritablement expliquée. De cette manière, l’évolution vers une identité "queer” semble aller de pair avec le passage d’”objet” à “sujet”, alors que la dimension volontaire et individuelle des actions humaines existe depuis la nuit de temps (tout individu ayant une marge de manœuvre, ce qui peut être décelé même dans les histoires de vie remontant au début du siècle et présentées dans l’introduction du livre). Les composantes socio-économiques des dynamiques spatiales des femmes sont partiellement évacuées, bien qu’elles soient parfois mentionnées. Ainsi, si on cite l’exemple de femmes peu mobiles à cause de leur manque de moyens (mais il n’est pas expliqué en quoi ceci serait différent du cas des hommes démunis), on préconise comme solution le fait que les femmes adoptent une identité queer! Toute analyse des causes de la pauvreté est effacée et ainsi les femmes apparaissent comme (seules) responsables de leur sort. En effet on a l’impression que les équations “identité féminine = passivité” et “identité queer = pro-activité” tiennent…et que les “victimes de la patriarchie” ne soient pas mobiles car “femmes = immobiles, domestiques, peureuses…”. Ceci, uni au fait que les actions des femmes sont analysées en vase clos (en excluant leurs familles, généralement hérétonormés, et surtout leurs compagnons) permet d’une part de ne pas abordés les rôles traditionnels de manière critique, et d’autre part d’éviter de remettre en question les politiques urbaines et sociales (qui peuvent aussi avoir des influences biaisées sur la vie des individus en fonction de leur genre).
En somme, il s’agit d’un essai intéressant, qui fournit une bonne représentation des pratiques urbaines des bordelaises contemporaines, mais qui ne réussit pas à démontrer l’existence de différences basées sur le genre, ni à en donner des explications convaincantes. De plus, on est un peu déçu de ne pas retrouver une critique fondamentale des constructions traditionnelles de genre, ni des politiques qui les accompagnent: dommage!
Si vous voulez en savoir plus sur ce bouquin, deux autres comptes rendus sont disponibles en ligne ici et ici.
Pour terminer tout de même avec un peu de critique féministe, voici la chanson “Typical girls” des britanniques “The Slits”. Bonne route!